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Impact des normes IAS, IFRS

Avec le passage aux normes internationales, la fonction comptable présentera désormais des informations stratégiques, beaucoup plus orientées vers l’investisseur que vers le créancier ou les autorités administratives.

Le système comptable actuel est principalement fondé sur le concept de " coût historique " c’est-à-dire sur la valeur des actifs antérieurement accumulés.

Les nouvelles normes IAS / IFRS se proposent d’apprécier l’entreprise à sa " juste valeur " (fair value) afin de répondre aux besoins d’un système financier en pleine mutation.

Note technique : Le modèle classique privilégiait la reconnaissance immédiate des pertes potentielles et reportait celle des profits à leur réalisation effective. La recherche d’une plus grande pertinence de l’information financière sont à l’origine de la formulation d’une offre d’évaluation " à la juste valeur ".

Les avantages justifiant l’évolution vers la référence à la juste valeur sont nombreux. L’évaluation à la juste valeur :

  • fournirait une information intégrant, par construction, les tendances de marché et la prévision des cash-flows futurs ;
  • enlèverait tout intérêt aux pratiques opportunistes d’adaptation du résultat économique ou fiscal ;
  • garantirait une valeur d’estimation réelle particulièrement pour les produits dérivés ayant un coût initial nul.
  • La cohérence de cette approche avec celle qui est utilisée en gestion opérationnelle du risque (de taux, de change ou de prix) faciliterait la réconciliation du résultat comptable et du résultat économique.

    Le nouveau référentiel comptable européen IAS 39 est beaucoup plus qu'un nouveau standard comptable. En ajustant les ratios de solvabilité et de performance des entreprises, la norme IAS 39 joue un rôle central dans l’efficience des marchés financiers. L’adoption des normes des IFRS devrait renforcer la comparabilité intersectorielle et surtout internationale des comptes.. Plus essentiellement, c’est la pertinence et la transparence toute l’information économique et financière publiée qui sera accrue. Environ 7000 groupes européens sont concernés par la clôture de leurs comptes annuels consolidés selon les IFRS en 2005. Le calcul d’éléments parfois complexes comme le contenu du chiffre d’affaires ou le traitement du goodwill sera homogénéiser.

    Ces changement de méthode de travail peuvent conduire les entreprises à une meilleure appréhension de leur activité et de leur risques. Cette transparence améliorera la perception de l’entreprise par les investisseurs. La nécessité de décomposer le compte d’exploitation entre zones d’activités et zones géographiques, permettra, par exemple, de mettre en évidence les activités rentables et celles qui ne le sont pas.

    Il s’agit d’une véritable nouveauté pour les groupes, laquelle pourrait avoir des impacts sur leur composition. Les activités ostensiblement déficitaires pourraient voir leur cession accélérée. Certains évoquent le risque d’un accroissement de la volatilité. Ce risque n’est pas avéré à terme, même si au cours de la période qui suit la mise en place des nouvelles normes on peut imaginer que la volatilité soit accrue.

    La frontière entre comptabilité et analyse financière va devenir plus étroite. En effet la comptabilité tend à se rapprocher de la réalité économique. Ce point n’est pas sans influence sur le métier d’analyste financier. Ceux-ci vont devoir étendre leurs connaissances comptables pour optimiser l’utilisation des informations disponibles. De plus, le volume des rapports annuels devrait augmenter de 50%.

    Les analystes financiers procèdent à des évaluations approfondies sur l'environnement, la stratégie, les résultats financiers et les perspectives des sociétés. Les méthodes des analystes vont vraisemblablement être bouleversée, même si un consensus se dégage pour penser qu’il n’y aura pas d’impact fort sur la valorisation elle-même. En effet, les analystes effectuent déjà leur propre réévaluation des comptes dans une optique de juste valeur.

    Il est probable par contre, qu’une modification des ratios d’analyse les plus couramment utilisés soit remarquée. Ce changement rendra difficile l’utilisation des ratios de référence actuels. Par exemple :

  • Le PER devrait perdre de l’importance au profit de la mesure de la valeur actuelle des fonds propres et du cash-flow.
  • Le classement relatif des entreprises au sein d’un même secteur pourrait être remis en cause étant donné les différences d’incidences des nouveaux principes selon les entreprises.
  • Note technique : En ce qui concerne la recherche/développement, les nouvelles normes imposent que la recherche reste en charge et ne soit pas inscrite à l’actif. Le développement étant, pour ce qui le concerne, intégré à l’actif du bilan.

    Les sociétés vont devoir communiquer pour justifier l’impact des normes qu’elles vont subir sinon une réaction négative des marchés est possible. Les analystes vont peut-être, dans un premier temps, revenir à des considérations moins financières que par le passé en examinant la qualité du management, la qualité de la stratégie, la mise en œuvre du gouvernement d’entreprise. Sur tous ces points, il est clair que l’émetteur qui communiquera très tôt sur les impacts que ces nouvelles normes ont sur ses comptes aura un avantage.

    Ce n’est qu’au bout d’une période d’environ deux ans que les différents intervenants disposeront du recul nécessaire pour apprécier les effets bénéfiques de la réforme des normes comptables.

     
    Jean-Pierre Vickoff
    Vickoff@noos.fr